"Comme Rivette, Marker ou Varda, Naruse est un cinéaste des chats. Ils appelleraient à eux seuls une étude. Leur fonction est multiple. Ils peuvent être associés à la solitude de femmes délaissées (surtout les épouses) ; ils sont donnés comme des indicateurs de temps et d'époque par un personnage du "Repas" : "Tout change aujourd'hui aussi vite que la prunelle d'un chat" ; Jacques Rancière, plus radicalement, attribue au plan naruséen les qualités qu'on reconnaît en général à cet animal : la souplesse, la nonchalance et l'invulnérabilité ("Naruse, le plan partagé", Cahiers du cinéma, n° 556, avril 2001). Quelquefois même, la présence d'un chat dans le plan relève de la pure gratuité du plaisir de le filmer. Ainsi, dans "Au gré du courant", une courte scène sans aucune relation avec ce qui précède et de ce qui suit montre la servante jouée par Kinuyo Tanaka appelant un soir le chat de la maison (absolument rien d'autre ne se passe et rien ne s'ensuit)."

Jean Narboni , Mikio Naruse, Les temps incertains, éd. Cahiers du cinéma.

Le Repas, Mikio Naruse, 1951.