« C’est une histoire dans le style des vieilles légendes, et c’est une horrible histoire. Je ne tiens pas à montrer l’horreur d’une manière directe et réaliste. Le style irréaliste du kabuki me paraissait donc l’approche la plus appropriée. » Keisuke Kinoshita

La_Ballade_de_Narayama

La Ballade Narayama, roman de Shichirō Fukazawa, est basée sur une légende populaire japonaise du  Xème siècle, selon laquelle les vieillards, devenus trop âgés pour être utiles,  doivent être portés par leurs enfants dans la montagne afin d’y mourir.

Pour cette première version cinématographique  (le film de Shohei Imamura de 1983 sera la seconde), Keisuke Kinoshita prend le parti de la stylisation et de la théâtralité.
Le  film tourné en studio s’ouvre dans la pure tradition du kabuki. Au son de la musique traditionnelle de shamisen, un lourd rideau s’ouvre sur un village isolé au milieu des montagnes où les habitants vivent dans une extrême pauvreté.

Le récitatif chanté du joruri commence alors à nous conter la ballade d’Orin,  vieille femme de 70 ans (admirablement interprété par Kinuyo Tanaka) qui, comprenant que l’heure de sa mort a sonné et qu’elle devient l’objet d’un persistant ridicule de la part de la nouvelle génération, exige de son fils de la porter sur son dos vers la mort. Malgré les protestations et la profonde tristesse de son fils, la vieille femme ne cède pas et organise son départ pendant l’année qu’il lui reste à vivre.

Tout le long du film, des tableaux somptueux et flamboyants,

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conçus  avec des décors mobiles découvrant une scène derrière l’autre dans des éclairages contrastés aux accents parfois fantastiques,

accompagnent le sacrifice moral de la mère, les pleurs du fils et soulignent avec force cet ultime voyage corps à corps, nécessaire passage de relais entre générations face au cycle de la vie.

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Le dernier plan sur un train (on pense à Yasujirō Ozu) ferme ce film à l’étonnante dimension poétique.