Le film s’inspire de "L'affaire des quatre enfants abandonnés de Finish-Sugamo", fait divers réel ayant fait scandale au Japon en 1988.
Quatre enfants entre 12 et 4 ans nés de pères différents. Aucun des enfants n'est scolarisé. Une mère fantasque, enfantine, qui les trimballe de ville en ville, comme des bagages et parfois même dans des valises. Les règles à respecter dans l'appartement sont strictes : ne pas sortir, ne pas se faire voir, ne pas faire de bruit. La mère s'absente souvent, part un jour pour ne plus revenir. Les enfants sont abandonnés, livrés à leur propre sort dans l'appartement qui est à la fois leur prison et leur royaume. Seul l'aîné, Akira, qui bénéficie d'une existence officielle a le droit de sortir.


Quatrième long métrage de Hirokazu Kore-eda , Nobody Knows est un film magnifique. Une fois de plus, le cinéaste nous offre une composition sobre avec une caméra qui traque le moindre détail , s'attarde de façon récurrente, parfois jusqu’à l’obsession sur les mains, les doigts, les ongles (qui se salissent en même temps que l'avenir des enfants s’obscurcit), les jambes vaccillantes, les cheveux qui se rallongent, les vêtements qui se font plus informes,


les factures impayées qui s'amoncellent et servent peu à peu de support pour dessiner, le piano rouge minuscule, l’insalubrité croissante de l’appartement reflet du temps qui passent, d’une situation qui se dégrade, une déchéance annoncée.

Les interdits du départ s'écroulent peu à peu, les enfants sortent dans la rue à la découverte d'un nouveau terrain de jeu - même les chaussures poussent leur cri de joie

Le cinéaste cadre au plus près ces visages d'enfants qui ne pleurent pas, décrit minutieusement leur quotidien difficile tout en préservant les réflexes de l'enfance qui prennent à chaque fois le dessus. Peu de dialogue dans ce huit clos entre l'appartement (lieu protecteur) et la ville (le monde des adultes).

La perception du temps est filmée avec subtilité (répétition des scènes de l'ainé des enfants qui sort faire les courses à l'extérieur, son retour nous indiquant à chaque fois les changements dans l'appartement) ou de façon plus abstraite (l'effacement du vernis sur les ongles de la cadette  posé par sa mère lors de sa dernière soirée  ou plus tragiquement l’enfermement de la la petite dernière, morte, dans la valise même où on l’a vue éclore au début du film).


Nobody knows est un film traité avec une extrême pudeur. C'est un film d'une tendresse infinie où le moindre objet prend vie entre les mains des enfants. C'est un récit de l'apprentissage, un cri d'espoir et de souffrance sans larmes qu'il faut voir absolument.